Le débat « Le livre en
crise », organisé par l’Ambassade de France le premier
jour de la Foire du livre Gaudeamus de Bucarest, a vu se déployer
un discours posé et analytique de la part des intervenants
français et un discours plus pesimistes, ponctué de
questions de la part des invités roumains. Ludovic Escande,
des éditions Gallimard, Christine Ferrand, rédactrice
en chef de la revue hebdomadaire Livres Hebdo, Bérénice
Guidat, de CulturesFrance, l’opérateur délégué
des ministères des Affaires Etrangères et Européennes
et de la Culture et de la Communication pour les échanges
culturels internationaux, et Jean-Luc Outers, écrivain belge
et responsable du Service des Lettres et du Livre au Ministère
de la Culture de la Communauté Française de Belgique,
ont été les représentants occidentaux de langue
française lors de ce débat. Les Roumains, moins
nombreux, ont été le directeur exécutif des
éditions Vellant, Dan Plesa, la poétesse et journaliste
Doina Ioanid et moi-même, en tant que représentant de la
maison Romania Press et coordinateur d’une collection de théorie
littéraire qui vient d’être mise en place dans la même
maison. Sidonie Mézaize, du Bureau du Livre de l’Ambassade
de France en Roumanie, a veillé à ce que tout ce projet
se réalise dans les meilleures des conditions.
Ludovic Escande et Christine Ferrand
ont remarqué qu’en France, la « crise du livre »
est plutôt une expression journalistique, puisque non seulement
les livres se vendent bien (le panier d’achats individuel a baissé
en 2009 d’un euro par rapport à 2008, de 18 à 17
euros, soit une baisse à peine saisissable), mais leur
circulation en société reste très active.
Toutefois, les invités français ont pu constater un
changement important dans l’image des livres dans les médias.
Des émissions comme Apostrophes et Bouillons de culture,
disparues, ont été remplacées par des programmes
de divertissement culturel où le livre a certes sa place, mais
où il ne règne plus. Le temps imparti au livre s’y
trouve diminué et fragmenté. Cette observation a
rebondi sur l’absence de « divertissement culturel » en
Roumanie, où le décalage discursif entre les lettrés
(qu’ils soient critiques, écrivains ou éditeurs) et
les « stars » tout public est encore trop grand pour que
l’on puisse penser à en déduire une moyenne. Cela
fait que les producteurs d’émissions de divertissement
roumains ne font pas généralement appel aux écrivains
et leur statut médiatique en pâtit.
Ainsi Jean-Luc Outers propose-t-il
l’élargissement de la diffusion de la littérature
vers la radio, qui engendre une perception du livre différente
par rapport à celle télévisuelle. De son côté,
Christine Ferrand a fait le constat du rôle prédominant
des libraires et des librairies dans la diffusion du livre, dans un
paysage médiatique où la culture livresque se retrouve
d’une manière plus trouble et dynamique qu’il y a vingt
ans. Ce sont eux qui nouent les liens si importants entre un public
lecteur en désarroi, d’une part, et les éditeurs
ainsi que les écrivains, de l’autre, qui trouvent de cette
façon l’occasion d’orienter et de faire passer un message
difficile à recevoir par l’entremise des médias. Les
librairies françaises sont en fait des lieux de médiation
qui ne fonctionnent pas comme des espaces mis à la disposition
des éditeurs, mais qui mettent en place et élaborent
elles-mêmes un programme de manifestations qui contribue à
faire de chaque librairie (ou chaîne de librairies) une marque
reconnue et attire un public fidèle. On a pu regretter ainsi
le manque de visibilité et de professionnalisation des
librairies en Roumanie, où ce métier est en voie de
disparition. Peu de librairies peuvent se vanter d’être un
endroit commercial et culturel agréable, différent et
professionnel – et celles qui organisent des événements
attendent toujours les initiatives des éditeurs pour ouvrir
leur espace aux rencontres, débats, lancements. Doina Ioanid a
également remarqué que les maisons d’édition
ne se font pas toujours un point d’honneur à promouvoir les
écrivains et que ce travail incombe de fait plutôt à
l’écrivain lui-même. Il serait d’ailleurs très
improbable que les maisons roumaines, avec un personnel toujours
insuffisant, arrivent à en faire davantage pour leurs auteurs.
Et l’absence d’une bonne circulation du livre mène à
un paradoxe comme celui relevé par Christine Ferrand qui dit
avoir remarqué avec surprise, durant la Foire du livre, qu’une
maison d’édition avait imprimé sur un bandeau
« best-seller » pour un livre vendu à
quelque vingt mille exemplaires. Alors qu’en France, un livre ne
peut prétendre à ce titre de best-seller que si les
ventes dépassent des centaines de milliers d’exemplaires
vendus.
Je ne voudrais pas laisser de côté
l’intervention de Dan Plesa qui a déploré avant tout
les dysfonctionnements dans le circuit roumain du livre, où le
distributeur tarde indéfiniment à rembourser l’éditeur
après la vente de ses livres. Questionné par Ludovic
Escande sur ce qui motive tout de même son travail éditorial,
il reconnaît qu’en Roumanie il y a une demande constante de
bons livres dans tous les domaines. Mais le public n’a ni la
possibilité ni la motivation de formuler des demandes
spécifiques, il est presque toujours convié à
partager le gôut de tout le monde, car les éditeurs ne
veulent investir que dans la quantité. Cette inertie du
commercial facile dérobe le livre aux yeux du lecteur plutôt
qu’elle ne le lui montre, ou bien lui présente un objet de
consommation beau, mais dépourvu de vie. Les livres, comme
quelqu’un l’a dit pendant le débat, ne sont pas des
patates. L’acheteur de livres est différent du client
d’autres produits et le commerce du livre devrait se démarquer
davantage, aussi bien en aval, vers le client qui peut être
formé et encouragé à devenir un lecteur assidu,
qu’en amont, du côté des éditeurs et des
distributeurs qui doivent prendre le temps de contribuer ensemble à
construire une nouvelle sociabilité du livre, différente
de celle disparue lors des années 1990 et de l’époque
communiste, mais qui se sépare également de la tendance
à la grande consommation.
Dezbaterea „Cartea în criză“
a avut parte de un discurs analitic şi calm dinspre vorbitorii
francezi, şi de unul cu ceva mai mult patos şi mai multe întrebări,
al românilor. Ludovic Escande, editor Gallimard, Christine
Ferrand, redactor-şef adjunct al revistei Livres Hebdo, Bérénice
Guidat, de la Cultures France, operatorul programului de finanţare a
traducerilor româneşti din limba franceză şi Jean-Luc
Outers, scriitor belgian şi responsabil al Service des Lettres et du
Livre la Ministerul Culturii al Comunităţii Franceze din Belgia, au
fost reprezentanţii occidentali ai acestei dezbateri. Românii
prezenţi, mai puţini, au fost editorul Dan Pleşa, director
executiv la Editura Vellant, Doina Ioanid şi cu subsemnatul, în
calitate şi de reprezentant al Editurii România Press (unde am
demarat o colecţie de teorie franceză intitulată „Teorii de
azi“, în care au apărut sau vor apărea William Marx, Roger
Chartier, Christophe Charle şi Jacques Rancière). A asistat,
desigur, tînăra şi foarte activa responsabilă a Biroului de
Carte de la Serviciile Culturale Franceze, Sidonie Mezaize.
Conform lui Christine Ferrand, în
Franţa criza cărţii este, se pare, o sintagmă fără suport. Nu
doar pentru că se vînd multe cărţi, dar şi pentru că
circulaţia socială a cărţii n-a încetinit nicicînd.
Coşul cumpărătorului de carte din librăriile franceze a scăzut,
din 2008 în 2009, numai cu 1 euro (de la 18 la 17). Există
însă şi motive de nemulţumire. Ele ţin de schimbarea
imaginii cărţii în media. Emisiuni ca Apostrophes şi
Bouillon de culture, ale lui Bernard Pivot, au dispărut, fiind
înlocuite de altele, de divertisment cultural, în care
scriitorii apar alături de alte vedete mediatice. Astfel, timpul
alocat cărţii scade şi se fragmentează. Putem constata, astfel,
că prezenţa literaturii într-o emisiune de divertisment este
o şansă imposibil de concretizat la noi, din cauza mai ales a unui
decalaj de discurs între literaţi (scriitori, critici,
editori) şi vedetele în general invitate în emisiuni de
divertisment. Acest decalaj, greu de redus la un numitor comun, face
ca producătorii TV să apeleze rareori la scriitori, pentru a nu-şi
diminua audienţa.
De aceea, Jean-Luc Outers propunea
extinderea difuzării radiofonice a literaturii. Radioul solicită un
alt tip de atenţie, continuă, care poate înregistra mult mai
bine informaţia culturală. Numai că, şi în acest caz, în
România, publicul care ascultă radioul pentru altceva decît
muzică şi ştiri este foarte redus. Tot Christine Ferrand a
constatat, vorbind despre cîmpul literar francez, rolul foarte
important, în acest peisaj cultural contemporan mult mai
dinamic şi deci mai difuz decît în urmă cu douăzeci de
ani, al librarilor şi al librăriilor. Ele sînt cele care
asigură o legătură extrem de importantă, între publicul
cititor de multe ori dezorientat, şi editorii de carte, împreună
cu scriitorii, care au astfel ocazia să-şi orienteze şi să
transmită mesajul greu de receptat prin canalele mediatice
tradiţionale. Librăriile franceze sînt, de fapt, locuri de
mediere, care nu funcţionează conform cererii editorilor, ci care
concep şi pun ele însele în aplicare un program de
manifestări care să le individualizeze şi prin care să fidelizeze
public. Dezvoltarea unor reţele de librării profesioniste, cu
personal avizat şi cu idei noi de comunicare a ofertelor, pare să
fie prioritatea numărul unu a îmbunătăţirii circuitului
cărţii în România. Doina Ioanid a remarcat apoi că
nici editurile nu excelează în activitatea de promovare a
scriitorilor şi că, adesea, aceasta îi revine chiar
scriitorului în cauză. De altfel, ar fi şi greu ca editurile,
cu personal mereu insuficient pentru toate proiectele intenţionate,
să facă mai mult. Editurile româneşti vor, în primul
rînd, să cîştige şi abia apoi (doar că rîndul
acestui apoi e mereu amînat) să orienteze, să formeze şi să
fidelizeze publicul. Asta face ca – observa din nou Christine
Ferrand – editurile româneşti să considere bestseller o
carte vîndută în 20.000 de exemplare, în vreme ce,
în Franţa, eticheta nu poate fi pusă decît pe titluri
care se vînd măcar de 10-20 de ori mai bine.
N-aş vrea să omit discursul lui Dan
Pleşa, care s-a plîns în primul rînd de
disfuncţiile circuitului românesc al cărţii, în care
distribuitorul întîrzie foarte mult plăţile către
editor, ca să nu mai vorbim despre comisioanele mari pe care le
percepe. Desigur, toată lumea recunoaşte că există, în
România, o cerere de carte bună, de carte de calitate în
toate domeniile. Numai că publicul acesta nu are nici posibilitatea,
nici motivaţia de a formula cereri în sensul dorinţelor lui
adresate pieţii de carte din România. Proiectul de reformare –
pentru că tot e la modă termenul – a publicului cititor românesc
nu trebuie să aibă în vedere schimbări rapide şi
spectaculoase în sensul lucrativ al cuvîntului. Însă
în România domneşte, din partea editorului, a librarului
şi a mediei, o inerţie a comercialului facil care ascunde cartea de
ochii cumpărătorului sau, dacă o arată, o prezintă ca pe un
obiect de consum frumos ambalat, dar lipsit de viaţă. Aşa cum bine
spunea cineva în cadrul dezbaterii, cărţile nu sînt
cartofi. Pentru a vinde cărţi, nu e suficient un mall şi neoane
puternice. Fie şi pentru că, astfel, reduci cartea la un obiect de
divertisment scos de sub influenţa oricărei tradiţii. Nu e
important să ştii să vinzi Dan Brown, ca librar, ci să faci în
aşa fel încît o carte fără potenţial comercial
puternic să ajungă în mîinile celor cărora le este
destinată. Ceea ce înseamnă să respecţi, în primul
rînd, diversitatea cererilor culturale, mai subtile fără
îndoială decît cele culinare.
Versiunea în limba franceză
reprezintă o traducere adaptată a acestui text